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Les socialistes, l’OURS et le centenaire de la Commune de Paris, par Denis Lefebvre et Jean-Jacques Piette

La Commune de Paris, toujours vivante ? En tout cas, elle suscite lโ€™intรฉrรชt, mais aussi les polรฉmiques comme on a pu le mesurer ร  lโ€™occasion du 15Oe anniversaire. Dans son mensuel, notre office a consacrรฉ ร  cet รฉvรฉnement plusieurs articles et dossiers, et nous publions ici deux รฉtudes revenant sur cette histoire. La premiรจre, due ร  Denis Lefebvre, รฉvoque les commรฉmorations faites par les socialistes des anniversaires, en sโ€™arrรชtant ร  celle de 1971, au centenaire donc. Dans son texte, il รฉvoque la faรงon dont lโ€™OURS, crรฉรฉ deux ans plus tรดt par Guy Mollet, sโ€™est inscrit dans lโ€™รฉvรฉnement. Nous avons voulu aller plus loin sur ce point. Cโ€™est lโ€™objet de la seconde รฉtude, sous la plume de Jean-Jacques Piette, alors secrรฉtaire gรฉnรฉral adjoint de notre office. Dernier responsable vivant de lโ€™OURS dรฉbutant, il revient sur la faรงon dont le centenaire a รฉtรฉ prรฉparรฉ puis rรฉalisรฉ par nous.

Le socialistes franรงais et la Commune de Paris, par Denis Lefebvre

Les socialistes franรงais, dรจs qu’il l’ont pu, ont toujours tenu ร  commรฉmorer la Commune de Paris. Souvent dans des conditions difficiles, comme on le voit dans les textes publiรฉs ร  l’occasion de la premiรจre commรฉmoration, au Mur des Fรฉdรฉrรฉs, en 1880… interdiction d’entrer dans le cimetiรจre du Pรจre Lachaise avec des gerbes, gerbes arrachรฉes, militants frappรฉs, impossibilitรฉ d’approcher du Mur symbolique, cernรฉ par la police, etc.

C’est cette annรฉe-lร  que, pour la premiรจre fois aprรจs ces annรฉes de silence, on descend dans la rue pour commรฉmorer les รฉvรฉnements de 1871. Peut-on d’ailleurs ยซ commรฉmorer ยป une dรฉfaite, un massacre ? Mais les choses ont รฉvoluรฉ peu ร  peu. Si Eugรจne Pottier รฉcrivait en 1876 : ยซ La semaine sanglante, en pourrais-je parler ? ยป, le mรชme est d’avis en 1881 : ยซ Le massacre en l’รฉclaboussant en fit une page historique ยป. Mai 1871 et ses morts sont dรฉsormais entrรฉs dans le panthรฉon socialiste. Le mois de mai est maintenant l’occasion de vouloir affirmer sa prรฉsence, sa force, sa dรฉtermination ร  lutter.

Des montรฉes au Mur sous tension

Jusquโ€™en 1885, on relรจve de nombreux blessรฉs ร  chaque manifestation. En 1882, les discours sont autorisรฉs devant le Mur. A partir de 1883, les drapeaux sont autorisรฉs dans lโ€™enceinte du cimetiรจre. La police note les textes inscrits sur les gerbes, en arrache certaines du Mur.

Avant et aprรจs la montรฉe au Mur, des chansons sont entonnรฉes. Cโ€™est en 1905 quโ€™on relรจve dans les rapports de police la premiรจre รฉvocation de Lโ€™Internationale, mais dโ€™autres chansons appartiennent au patrimoine socialiste, et font explicitement rรฉfรฉrence ร  la Commune, pour en souligner les temps forts, voire lโ€™action. On note ainsi un chant rรฉdigรฉ par un socialiste Nordiste, bien oubliรฉ aujourdโ€™hui, Jean-Baptiste Jacobs : Salut Commune. Chaque couplet se termine par ces mots, qui constituent autant de slogans et de rappels : ยซ Salut, patrie universelle ยป, ยซ Salut, glaneuse de lโ€™idรฉe ยป, ยซ Salut, glorieuse martyre ยป, ยซ Salut, toi qui pour nous es morte ยป, ยซ Salut demain. Salut justice ยป.

Le droit de manifester n’est toujours pas reconnu de faรงon prรฉcise et nette, mรชme dans les premiรจres annรฉes du XXe siรจcle. Pierre Renaudel doit encore รฉcrire dans L’Humanitรฉ du 27 mai 1910 qu’il faut se rendre au Mur des fรฉdรฉrรฉs le 29 ยซ pour honorer nos morts et pour conquรฉrir le droit de manifestation ยป. Il s’agit de lutter contre ce qui constitue une tolรฉrance, qui est par exemple remise en cause en 1913, alors que les socialistes intรจgrent la commรฉmoration de la Commune dans un mouvement plus vaste, de lutte politique. Cette annรฉe-lร , en effet, le pouvoir interdit la manifestation. Alors, les socialistes et Jean Jaurรจs en tรชte se rabattent sur une commune de banlieue : le Prรฉ-Saint-Gervais. Jusque-lร , ils n’รฉtaient que quelques milliers ร  fouler les allรฉes du Pรจre Lachaise. En 1913, ils sont peut-รชtre 150000 ร  รฉcouter Jaurรจs prononcer un de ses plus grands discours.

Alors que la mรฉmoire vivante de la Commune s’estompe peu ร  peu avec la disparition progressive des survivants, les socialistes rรฉussissent ร  prendre le virage, ร  faire perdurer la montรฉe vers le Mur, ร  l’intรฉgrer aux luttes du temps, ร  en tirer aussi des leรงons diffรฉrentes selon l’รฉpoque, le contexte. On le voit surtout ร  partir du dรฉbut des annรฉes 20, celles de l’รฉclatement du mouvement socialiste unifiรฉ, tandis que se crรฉe le Parti communiste.

La gauche divisรฉe

Les socialistes sont alors en concurrence directe avec les communistes, et chaque manifestation leur offre l’occasion de mobiliser leurs troupes, en essayant d’y intรฉgrer d’autres forces. Bref, les dรฉfilรฉs ne sont pas ยซ unitaires ยป ! ร€ quelques exceptions notables prรจs, bien sรปr : pendant la montรฉe vers le Front populaire, avec la grande manifestation unitaire de mai 1936, ร  quelques jours de la victoire รฉlectorale. Ou en mai 1945, dans la joie de la Libรฉration, immense et premiรจre manifestation de l’aprรจs-guerre, ร  laquelle se joignent notamment la CGT et le Comitรฉ parisien de libรฉration… tout parait alors possible, jusqu’ร  la Guerre froide, deux ans plus tard. Le rideau tombe. On retrouve la division, les anathรจmes. Chaque commรฉmoration offre aux socialistes l’occasion d’affirmer une filiation, la justesse d’un combat, Il s’agit de lutter contre l’ennemi intรฉrieur, le Parti communiste stalinisรฉ, mais en n’oubliant pas les victimes du communisme international, tous les pays annexรฉs par l’URSS. Les annรฉes passant, on s’achemine vers le centenaire, en 1971. Le mouvement socialiste est alors lui-mรชme divisรฉ entre un ยซ Nouveau Parti socialiste ยป nรฉ en 1969 aprรจs la disparition de la SFIO et certains clubs ou organisations qui ne rejoindront le parti unifiรฉ que quelques semaines plus tard, au moment du congrรจs d’ร‰pinay.

La commรฉmoration du centenaire

Le centenaire offre l’occasion de plusieurs manifestations et rencontres.

Le 18 mars, socialistes et syndicalistes non communistes se retrouvent ร  la salle parisienne de la Mutualitรฉ, haut lieu entre tous. Une soirรฉe animรฉe par Lรฉo Campion rรฉunit de nombreux militants, et offre l’occasion d’entendre des discours d’Andrรฉ Bergeron (FO), Albert Detraz (CFDT), James Marangรฉ (FEN) et Franรงois Mitterrand (CIR). Sans oublier, bien sรปr, le Premier secrรฉtaire du PS, Alain Savary, qui assume dans son discours lui aussi la filiation : les socialistes, ยซ hรฉritiers de Jaurรจs ยป, sont les hรฉritiers des morts de la Commune. Un comitรฉ national pour la commรฉmoration du centenaire de la Commune a รฉtรฉ mis en place, regroupant 21 associations, dont le PS, la CIR, la CFDT, FO, la FEN, le Grand Orient de France, la Grande loge de France, la Ligue des droits de l’homme, la Fรฉdรฉration anarchiste. Ce comitรฉ organise le 7 mai ร  la Bourse du travail de Paris, une ยซ veillรฉe des historiens ยป, avec notamment R. Chรฉramy, J. Guyard, J. Rougerie, J. Poperen.

Un passage par le Mur s’impose, bien sรปr. Un passage, ou plutรดt… des passages. Car chaque grande famille a son comitรฉ, sa manifestation. Le 22 mai est le jour phare, et les cortรจges se succรจdent. Le premier regroupe 4000 personnes, ร  l’initiative d’un Comitรฉ pour la commรฉmoration du centenaire de la Commune de Paris. Le mรชme jour, la CFDT et le PSU rรฉunissent eux aussi 4000 personnes. Quelques jours auparavant, la Ligue communiste rรฉvolutionnaire avait mobilisรฉ prรจs de 30000 personnes. Le 23, le PCF revendiquera 50000 manifestants.

4000 personnes, pour la famille socialiste, cela peut paraรฎtre peu. Mais les socialistes n’ont jamais eu la pratique des mouvements de masse. Ce n’est guรจre dans leur tradition, ร  la diffรฉrence des communistes, qui, eux, descendent facilement dans la rue. Mais en 1971 l’heure n’est plus aux injures et aux anathรจmes entre les deux familles de la gauche ยซ officielle ยป. 

Des dรฉbats, des publications

On le mesure au niveau des dรฉbats intellectuels organisรฉs pour l’anniversaire. Dans le cadre de la semaine de la pensรฉe marxiste, les communistes organisent du 22 au 29 avril 1971 une sรฉrie de rencontres auxquelles participent plusieurs socialistes dont Jacques Piette, Denis Cรฉpรจde et Claude Estier. L’ancien secrรฉtaire gรฉnรฉral de la SFIO, Guy Mollet, intervient de son cรดtรฉ en mai 1971 dans un colloque international sur la Commune organisรฉ par les communistes, sous l’รฉgide de l’Institut Maurice Thorez : l’heure est aux gestes symboliques, ร  la confrontation, au dialogue. L’OURS, Office universitaire de recherche socialiste, organise de son cรดtรฉ, entre mars et mai 1971, cinq soirรฉes dรฉbat sur la Commune, qui entendent constituer un lien entre l’histoire et l’actualitรฉ de l’รฉpoque, autour de cinq thรจmes principaux : insurrection-rรฉvolution-prise du pouvoir ; la rรฉvolution en tant qu’anti-violence ; dรฉmocratie et pouvoir rรฉvolutionnaire ; l’homme nouveau dans une vie nouvelle ; du phรฉnomรจne rรฉvolutionnaire ร  la situation rรฉvolutionnaire. Ces rencontres rรฉunissent un nombre important de participants, d’horizons trรจs variรฉs,

Les publications socialistes ร  cette รฉpoque sont peu nombreuses, mais force est de constater que nombre d’entre elles restent bien silencieuses sur la Commune. Dans Dire, publication proche de Franรงois Mitterrand, on trouve un article Franรงois Fontvieille-Alquier, semble-t-il dรฉjร  paru auparavant dans Hebdo TC. Mais rien dans les publications du CERES de Jean-Pierre Chevรจnement, ni dans celles du club de Jean Poperen, toutes deux sans doute avantage prรฉoccupรฉes par l’immรฉdiate actualitรฉ : celle de la prรฉparation du congrรจs d’ร‰pinay. La Revue socialiste, cette vieille dame du socialisme, est quant ร  elle malgrรฉ tout prรฉsente dans le dรฉbat avec un article de Jacques Guyard, ยซ Questions pour un centenaire ยป.

Tout cela reste de facture trรจs classique, alors que la Commune se voulait invention permanente, crรฉation, imagination. Quelques trublions entendent cependant mettre leur grain de sel. Il s’agit des Jeunesses socialistes. Mais ils ne se dรฉpartissent pas des questions de l’heure. Alors, dans leur organe, L’Insurgรฉ, ils lancent ยซ La Commune. 4 manifestations ! Pourquoi pas tous ensemble ? ยป Il n’y a eu, รฉcrivent-ils, qu’une Commune de Paris, alors pourquoi quatre dรฉfilรฉs ? Pourquoi ces oppositions permanentes ? Mais leurs aรฎnรฉs ne rรฉpliquent pas, prรฉoccupรฉs qu’ils sont par des questions autrement plus importantes !!!

Que retenir de toute cette pรฉriode, sur un siรจcle ?

Il est indรฉniable que le caractรจre des manifestations est diffรฉrent selon les pรฉriodes. Les socialistes sont montรฉs au Mur, ยซ animรฉs parfois par l’esprit de vengeance, et plus souvent encore, par le goรปt de l’espรฉrance ยป, pour reprendre une belle expression de Claude Fuzier. Ils ont toujours considรฉrรฉ que la Commune รฉtait vivante. ร€ signaler aussi qu’ils peuvent, selon le moment, insister sur tel aspect ou sur tel autre de cet รฉvรฉnement. La lecture des slogans appelant ร  manifester est ร  cet รฉgard trรจs rรฉvรฉlatrice. On y souligne le combat pour la Rรฉpublique, ou celui pour la rรฉvolution ร  poursuivre, on s’adresse aux militants, aux rรฉpublicains, aux dรฉmocrates.

Selon les pรฉriodes, l’hรฉritage est ressenti nรฉgativement ou positivement, dans la douleur, la mythification des morts, ou dans l’espรฉrance.

Surtout, la Commune offre bien des รฉlรฉments fรฉdรฉrateurs de la gauche socialiste, car elle offre l’avantage d’avoir รฉtรฉ brรจve, populaire, innovante et surtout… massacrรฉe. Enfin, jusqu’en 1971 – les quelques manifestations qui suivent ont surtout un caractรจre rituel – elle est une espรฉrance patriotique, internationaliste et socialiste.

Denis Lefebvre

L’OURS et le centenaire de la Commune de Paris, par Jean-Jacques Piette

Je suis alors secrรฉtaire gรฉnรฉral adjoint de lโ€™Office, aprรจs avoir succรฉdรฉ ร  Roger Fajardie, qui nโ€™a occupรฉ ce poste que quelques semaines, lui et les amis de Pierre Mauroy ayant quittรฉ le conseil dโ€™administration aprรจs le congrรจs socialiste dโ€™Issy-les-Moulineaux, en juillet 1969โ€ฆ Mais cโ€™est une autre histoireโ€ฆ Restons pour le moment sur la Commune de Paris.

Dรจs 1970, Lโ€™OURS entend se manifester de multiples faรงons sur les questions soulevรฉes par la Commune ร  lโ€™occasion de son centenaire, indรฉpendamment de toute organisation, sur la base du Manifeste que nous avions adoptรฉ en 1969, ร  notre crรฉation, en association ร  nos travaux diffรฉrentes forces et partis de gauche, des syndicats et diffรฉrentes entitรฉs y compris religieuses en France et ร  lโ€™รฉtranger. Trรจs tรดt jโ€™ai eu ร  ce propos des contacts en Allemagne (avec la Fondation Friedrich Ebert) et en Italie.

Dรฉcision est prise dโ€™organiser en 1971 des colloques. Avec leur prรฉparation, jโ€™ai renouรฉ avec la pratique des rencontres que jโ€™avais organisรฉes ร  partir de 1963 dans la fรฉdรฉration SFIO de la Seine avec Claude Fuzier, son secrรฉtaire gรฉnรฉral.

Fรฉvrier 1970 : lโ€™OURS lance un appel

En fรฉvrier 1970, notre mensuel lance un ยซ Appel pour le centenaire de la Commune de Paris ยป โ€ฆ ยป, ยซ adressรฉ aux bonnes volontรฉs afin de retrouver ensemble la Commune vรฉcue et vivante. ยป Le journal annonce aussi ยซ quโ€™un comitรฉ dโ€™organisation a รฉtรฉ constituรฉ pour la recherche, la formation et des colloques ยป sous la responsabilitรฉ de B. Scemama. 

Celui-ci, dans le journal suivant, rappelle la dรฉmarche et prรฉcise : ยซ Notre comitรฉ dโ€™organisation du centenaire travaille discrรจtement mais efficacement ยป. En effet, des relais se mettent en place dans une vingtaine de dรฉpartements. Puis des lettres sont adressรฉes ร  diffรฉrents intellectuels que nous connaissons pour obtenir leur participation :

Soit ร  lโ€™รฉlaboration dโ€™un outil de formation,

Soit ร  lโ€™รฉlaboration dโ€™un cahier spรฉcial qui serait publiรฉ en mars 1971, 

Soit aux colloques que nous envisagions pour mars et avril 1971.

Avec Guy Mollet, nous dรฉjeunons avec certains dโ€™entre eux.

En mai 1970 Guy Mollet dans lโ€™รฉditorial du journal de lโ€™OURS รฉcrit avec optimisme (cโ€™รฉtait un de ses dรฉfauts) ยซ โ€ฆ  Lโ€™Ours ร  un anโ€ฆ lโ€™รฉquipe chargรฉe de prรฉparer les manifestations pour lโ€™anniversaire de la Commune est au travailโ€ฆ ยป. Et il annonce : ยซ Notre comitรฉ dโ€™organisation du centenaire poursuit son travail et sโ€™est rรฉcemment enrichi de collaborations nouvelles ยป. Cet homme รฉtait devenu bavard.

En juin 1970 dans le journal suivant, les rencontres รฉvoquรฉes ci-dessus nโ€™รฉtant pas terminรฉes, il est รฉcrit : ยซ Centenaire de la Commune : le comitรฉ dโ€™organisation fera connaรฎtre dรจs octobre la composition du comitรฉ de parrainage et les thรจmes des diffรฉrents colloquesโ€ฆ Il a en outre retenu lโ€™hypothรจse dโ€™une sรฉrie de cours pendant la pรฉriode du centenaireโ€ฆ ยป

Il est vrai que nous savions dรฉjร  les refus (il y en eut) et les accords de ceux qui acceptaient de participer ร  une ou plusieurs des manifestations รฉnoncรฉes ci-dessus.

En septembre 1970, le mensuel rappelle que notre petite รฉquipe mรจne depuis 6 mois un ยซ cycle dโ€™รฉtude sur lโ€™histoire du mouvement ouvriers et socialiste ยป et que dans ce cadre elle a adressรฉ aux abonnรฉs de lโ€™OURS une cinquiรจme รฉtude : La Commune.

Lโ€™avancement du projet

Les entretiens ou dรฉjeuners prรฉparatoire changรจrent de nature (Claude Fuzier sโ€™รฉtant joint ร  nous) : 

– Jacques Duclos du PCF nous invite par deux fois pour dรฉfinir la participation du PCF dโ€™alors ร  nos colloques et nous demander notre participation ร  un colloque international de lโ€™Institut Maurice Thorez dont il ignorait encore tout. Nous avons acceptรฉ sur le principe en tant quโ€™OURS mais pas sous dโ€™autres รฉtiquettes.

– Puis le PSU accepte que trois de ses membres participent ร  nos colloques.

– Puis au cours dโ€™un dรฉjeuner Franรงois Mitterrand accepte que deux membres de la CIR interviennent dans les colloques.

De son cรดtรฉ Pierre Guidoni membre du CERES et de lโ€™OURS mโ€™assure que le CERES sera prรฉsent. En fin dโ€™annรฉe nous avons lโ€™accord de tous les syndicats sauf de FO.

Dans le mensuel de dรฉcembre 1970, Guy Mollet, prรฉsentant les vล“ux de lโ€™OURSโ€ฆ fait part dโ€™un travail solide sur la Commune et de cinq colloques en prรฉparation.

Dans ce mรชme numรฉro, trois pages sont consacrรฉes ร  ยซ Cent aprรจs : lโ€™OURS et la Commune ยป.

Sur la premiรจre de ces pages :

Nous republions : ยซ Lโ€™appel du journal de fรฉvrier 1970 ยป.

Puis nous prรฉcisons, sur le travail du comitรฉ dโ€™organisationโ€ฆ

โ€ฆ il sโ€™est enrichi de quelques participants prestigieux tel Henri Lefebvre qui fut longtemps le doctrinaire officiel du PCF puis sโ€™en est รฉcartรฉ

โ€ฆ il a crรฉรฉ des groupes de recherche ร  Paris et en province (trente dรฉpartements, me semble-t-il)

โ€ฆ il a pris des contacts avec lโ€™รฉtranger (Belgique, Allemagne, Suรจde, Grande-Bretagne, avec une revue italienne trรจs marquรฉe par Gramsci, Critica sociale, et la Yougoslavie.

โ€ฆ il annonce sans les nommer (volontairement) la participation de sociologues, dโ€™รฉconomistes, dโ€™historiens ร  lโ€™ensemble des actions : colloques, enseignements, expositionsโ€ฆ

โ€ฆ il donne lโ€™ordre du jour dโ€™un cycle de formation sur les thรจmes suivants : la situation รฉconomique et sociale ร  la veille de la Commune ; la dรฉsintรฉgration de la sociรฉtรฉ ร  Paris ; la Commune se dรฉfend ; une vie nouvelle

Sur une seconde page sont prรฉsentรฉs les rรฉsumรฉs de ce que seront les rapports des cinq colloques programmรฉs : Insurrection, rรฉvolution, prise du pouvoir ; la rรฉvolution en tant quโ€™antiviolence ; dรฉmocratie et pouvoir rรฉvolutionnaire ; lโ€™homme nouveau dans une vie nouvelle ; uu phรฉnomรจne rรฉvolutionnaire ร  la situation rรฉvolutionnaire.

Une troisiรจme page offre un article de fond de P. Rebourg, ยซ Commรฉmoration de la commune (1871) ยป.

Dans le journal de janvier, nous publions sur une page un article de Jean Clodion membre du comitรฉ dโ€™organisation ยซ Cent ans aprรจs : lโ€™OURS et la Commune, prรฉsence du passรฉ. ยป

Nous animerons, Jean Clodion et moi sur plusieurs mardis, de janvier ร  mars 1971, le cycle de formation dont les thรจmes avaient รฉtรฉ donnรฉs dans le numรฉro de dรฉcembre. Puis lโ€™un et lโ€™autre nous irons dans plusieurs dรฉpartements rรฉpรฉter ce cycle de confรฉrences.

Notre mensuel mis ร  contribution

En fรฉvrier 1971, notre mensuel reproduit un รฉditorial de Guy Mollet intitulรฉ ยซ La Commune et la dรฉmocratie ยป. Il en profite pour commenter trois phrases du programme des Communards. Dans ce journal suit une longue interview de Jacques Rougerie considรฉrรฉ ร  lโ€™รฉpoque comme ยซ le ยป spรฉcialiste de lโ€™histoire de la Commune. Cet article est suivi par la toute premiรจre publicitรฉ sur lโ€™ordre du jour et les rapporteurs des cinq colloques. 

Dans ce mรชme journal, on trouve une courte analyse de Lโ€™histoire de la Commune de 1871 de Lissagaray rรฉรฉditรฉe par Maspero. Jโ€™y note : ยซ Cโ€™est lโ€™ouvrage le plus classique et le plus รฉmouvant de la Commune ยป. Il y a aussi une analyse plus critique par Jean Clodion dโ€™un ouvrage de Jacques Duclos, La Commune de Paris ร  lโ€™assaut du ciel. Puis, dans ses notes de lecture, Guy Bordes รฉvoque la presse des annรฉes 1944 ou la Commune de Paris est souvent รฉvoquรฉe.

Vient enfin le journal de mars 1971 Nยฐ18, spรฉcialement consacrรฉ ร  lโ€™รฉvรฉnement Commune.

Dans son รฉditorial, Guy Mollet dรฉtaille le travail fait depuis un an et ce qui va รชtre fait jusquโ€™en mai par lโ€™OURS.

En page 2, Le secrรฉtaire gรฉnรฉral Denis Cรฉpรจde y va de son ยซ mot ยป, comme chaque mois, mais ici centrรฉ exclusivement sur la Commune. Lโ€™appel de lโ€™OURS de 1970 est aussi rappelรฉ.

La page 3 est consacrรฉe ร  ce que nous appelons pour lโ€™occasion les ยซ mercredis ยป de Lโ€™OURS, la prรฉsentation des cinq colloques qui vont sโ€™enchainer. Et chacun peut voir la qualitรฉ des intervenants et le fait que toute la gauche y participe sauf FO. Jโ€™ai quelque fiertรฉ dโ€™avoir รฉtรฉ lโ€™homme-orchestre de ces mercredis.

Puis viennent sur six pages quatre prรฉ-rapports issus des groupes de travail mis en place un an plus tรดt sur lesquels vont travailler les adhรฉrents pendant trois mois :

Insurrection, prise de pouvoir, rรฉvolution, prรฉsentรฉ par G. Rosenwald,

La rรฉvolution en tant quโ€™antiviolence, prรฉsentรฉ par P. Rimbert,

La Commune et la dรฉmocratie, prรฉsentรฉ parโ€ฆ moi,

La Commune et le domaine culturel, prรฉsentรฉ par P. Cousteix

Puis une page reprend in extenso ยซ la dรฉclaration au Peuple franรงais du 19 avril 1871 ยป par ยซ la Commune de Paris.

Suivent ensuite des analyses de livres : La Proclamation de la Commune, dโ€™Henri Lefebvre analysรฉ par T. Pescioux, un des pseudonymes dans nos publications de Pierre Cousteix ; Paris Libre 1871, de Jacques Rougerie analysรฉ par P. Rimbert ; La Commune, de Thalรจs, rรฉรฉditรฉ par les cahiers de Spartacus prรฉfacรฉ par Trotski en 1921.

Sans oublier un rappel de toutes les publications qui venaient de paraรฎtre sur la Commune, suivies dโ€™un commentaire dโ€™une phrase.

Cette publication offre lโ€™occasion dโ€™inviter la presse dans les locaux de lโ€™OURS au lendemain de sa parution. Soit le 23 mars 1971. Les revues du PS, du PCF, du PSU, de la CFDT, de la CGT, de la FEN ainsi que deux revues proches des chrรฉtiens de gauche assistent ร  cette confรฉrence de presse et des journaux gรฉnรฉralistes :  Le MondeLa Voix du NordLa Dรฉpรชche du midiโ€ฆ et autres titres dont jโ€™ai oubliรฉ les titres. A ces journalistes franรงais sโ€™ajoutaient nos interlocuteurs allemands, italiens, belges et yougoslaves. De nombreux articles sont publiรฉs dans la presse pour annoncer notre projet, et dโ€™autres suivront au fil de nos colloques et rencontres : dans Le MondeLโ€™Humanitรฉ et dโ€™autres titres.

Les colloques

Le dรฉroulement de nos manifestations :

  • 24 mars 1971, premier colloque ร  Bondy devant 200 personnes :

Insurrection, Rรฉvolution, Prise du pouvoir

Animateur, Jacques Fleury de lโ€™OURS (futur dรฉputรฉ), 

Communications par deux rapporteurs : 

Dominique Taddรฉi, doyen de la facultรฉ de droit dโ€™Amiens

Maurice Benassayag, chargรฉ de cours ร  Paris IV, 

Cinq dรฉbateurs :

Claude Fuzier, secrรฉtaire national du PS ou Robert Verdier

Victor Joannes, membre du comitรฉ central du PCF, 

Daniรจle Lรฉger, sociologue et membre du PSU, 

Robert Telliez, membre de la commission exรฉcutive de la CGT, 

Jean-Paul Bachy, du groupe permanent de la CIR. 

Avec deux interventions non prรฉvues ร  lโ€™origine : Guy Mollet, prรฉsident de Lโ€™OURS et Didier Motchane du CERES.

  • 31 mars 1971, second colloque ร  Suresnes devant 190 personnes. 

La Rรฉvolution en tant quโ€™antiviolence

Animateur, Pierre Rimbert, 

Communications par deux rapporteurs :

Jacques Rougerie, professeur ร  Paris 1,

Henri Lefebvre, Professeur ร  Paris X.

Cinq dรฉbateurs :

Denis Cepede, secrรฉtaire du PS, 

Marcel Rosette, du comitรฉ central du PCF, 

Daniรจle Leger, sociologue, du PSU, 

Michel Warcholack, de la commission Exรฉcutive de la CGT, 

Rรฉvรฉrend Pรจre Sommet, directeur du centre dโ€™รฉtudes et de recherches philosophiques,

Deux interventions non prรฉvues : Robert Fonteneau du CERES et Jean-Jacques PIETTE, secrรฉtaire gรฉnรฉral adjoint de lโ€™OURS, 

  • 21 avril 1971, troisiรจme colloque ร  Cachan devant 350 personnes.

Dรฉmocratie et pouvoir rรฉvolutionnaire 

Animateur, Jacques Villedary,

Communications par deux rapporteurs :

Pierre Joxe, de la CIR 

Robert Buron, Prรฉsident dโ€™Objectif 1972

Cinq dรฉbateurs :

Jacques Piette, membre du CD du PS, 

Claude Quin, du PCF et rรฉdacteur en chef de la revue ร‰conomie et politique,

Freddo Krumnov, de la CE de la CFDT, 

Jean-Louis Moynot, secrรฉtaire confรฉdรฉral de la CGT, 

Robert Chรฉramy, de la FEN, 

Rรฉvรฉrent Pรจre Madelin rรฉdacteur politique ร  la revue Concept.

  • 23 avril 1971 : Quatriรจme colloque ร  Cachan devant 350 personnes.

Lโ€™homme nouveau dans une vie nouvelle

Animateur Yves Durand (futur dรฉputรฉ), 

Communications par deux rapporteurs :

Jean-Marie Domenach, directeur de la revue Esprit,

Henri Laborit, biologiste, 

Cinq dรฉbateurs :

Claude Fuzier, secrรฉtaire du PS (remplacรฉ par Jean-Jacques Piette)

Pierre Juquin, du CC du PCF, 

Jean Dubois, de la CE de la CGT, 

Andrรฉ Henry de la FEN (SNI) 

Pierre Goureau, professeur ร  Nantes et Coopรฉrateur du secrรฉtariat franรงais pour les non-croyants, 

  • 5 mai 1971 : Cinquiรจme colloque ร  Bondy devant 500 personnes.

Du phรฉnomรจne rรฉvolutionnaire ร  la situation rรฉvolutionnaire

Animateur Jean-Jacques Piette,

Communication par un rapporteur :

Guy Mollet, prรฉsident de lโ€™OURS 

Cinq dรฉbateurs :

Alain Savary, premier secrรฉtaire du PS,

Guy Besse, du bureau politique du PCF,

Henri Krasucki, secrรฉtaire confรฉdรฉral de la CGT, 

Andrรฉ Ouliac, secrรฉtaire gรฉnรฉral du SNI, 

Albert Detraz, de la CE de la CFDT

En mai 1971, notre revue est entiรจrement consacrรฉe au centenaire de la Commune. Il sโ€™agit dโ€™un recueil de documents classรฉs chronologiquement en quatre parties : avant la proclamation de la Troisiรจme Rรฉpublique, de cette proclamation au 18 mars, du 18 mars ร  lโ€™instauration de la Commune, pendant la Commune

Ce travail a รฉtรฉ conรงu par Guy Mollet et Henri Lefebvre (le penseur du matรฉrialisme historique du PCF) avec les quatre groupes de travail.

Le mรชme mois, dans son รฉditorial du Journal Nยฐ20, Guy Mollet dans un รฉditorial consacrรฉ au deuxiรจme anniversaire de lโ€™OURS rappelle que ยซ ces colloques ont obtenu un succรจs remarquable et retenu lโ€™attention de toutes la critique ยป โ€ฆ Il rappelle aussi les ยซ รฉchanges que lโ€™OURS a รฉtabli avec de nombreux รฉtablissements similaires ร  travers le monde. ยป

Avant dโ€™en terminer avec ce centenaire, il me faut รฉvoquer un point, qui nโ€™est pas sans importance : tout ce travail de lโ€™OURS sโ€™est enchaรฎnรฉ (et cโ€™รฉtait convenu de longue date) avec un colloque international organisรฉ par lโ€™institut Maurice Thorez du 6 au 9 mai 1971, auquel ont participรฉ pour notre office Guy Mollet et moi-mรชme. Nos interventions respectives sโ€™inspiraient des thรจmes abordรฉs lors des cinq mercredis de lโ€™OURS. Guy Mollet y a traitรฉ de ยซ La Commune, lโ€™ร‰tat et la dรฉmocratie ยป. De mon cรดtรฉ, jโ€™ai รฉvoquรฉ le thรจme suivant : ยซ La rรฉalisation dโ€™un homme nouveau dans le cadre dโ€™une vie nouvelle ยป.

Quelques mois aprรจs cette intense mobilisation, lโ€™OURS a consacrรฉ trois de ses cahiers aux manifestations quโ€™il a organisรฉes, le numรฉro 23 aux deux premiers colloques, les numรฉros 24 et 25 aux trois derniers colloques.

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