Il y a deux ans, le prรฉsident Macron a promis, en prรฉsence de Josette Audin, lโouverture des archives sur les disparus de la guerre dโAlgรฉrie. Lรฉgalement presque toutes les archives sont communicables jusquโen 1970. Pour autant, des administrations, au premier rang desquelles lโArmรฉe et le Secrรฉtariat gรฉnรฉral du Premier ministre, bloquent la possibilitรฉ de travailler sans frein sur la dรฉcolonisation, lโhistoire de la Ve Rรฉpublique gaulliste et, cinq ans aprรจs la dรฉcision du prรฉsident Hollande dโouvrir toutes les archives sur cette pรฉriode, continuent ร entraver les recherches la Seconde Guerre mondiale.
Une partie significative des archives publiques est rendue incommunicable par un texte rรฉglementaire alors que dans le droit franรงais un rรจglement est infรฉrieur ร la loi. La loi sur les archives de 2008 achevait un mouvement gรฉnรฉral dโouverture commencรฉ avec celle de 1979. Elle garantissait ยซ de plein droit ยป โ donc sans aucune possibilitรฉ de restriction โ lโaccรจs aux archives publiques franรงaises, au terme de dรฉlais lรฉgaux fixรฉs par le Parlement (50 ans, sauf exceptions). Une instruction interministรฉrielle (IGI 1300) publiรฉe en 2011 a imposรฉ, progressivement et discrรจtement, pour les documents ayant reรงu dans le passรฉ une marque de ยซ secret ยป une procรฉdure, dite de ยซ dรฉclassification ยป. Fastidieuse, longue et coรปteuse pour les deniers publics, elle conduit chercheurs et citoyens ร attendre, sans garantie aucune, le bon vouloir des services producteurs chargรฉs de cette tรขche โ dont certains ont disparu. Outre les dรฉlais โ parfois des annรฉes โ des services nโappliquaient pas cette dรฉmarche rendant incommunicables des fonds entiers, bloquant par ailleurs le processus lรฉgal de dรฉrogations.
Face ร ce recul sans prรฉcรฉdent du droit, un recours devant le Conseil dโรtat a รฉtรฉ dรฉposรฉ le 23 septembre 2020 par les principales associations professionnelles dโhistoriens contemporanรฉistes (AHCESR) et dโarchivistes (AAF), appuyรฉes par lโassociation Maurice Audin, un collectif de juristes et contresignรฉ par une vingtaine de personnalitรฉs.
Cette rencontre, exceptionnelle, vise ร rรฉpondre ร ce dรฉni juridique : faire cesser les obstacles aux chercheurs dรฉsireux dโaccรฉder aux sources lรฉgalement ouvertes de lโhistoire nationale. Et permettre aux citoyens de contrรดler lโaction de leurs รฉlus. Faut-il rappeler que le prรฉsident Macron a promis dโinstituer un gouvernement plus transparent ?
Gille Morin
(article paru dans L’OURS 502, novembre 2020)