6 Avril 125
ACTUALITE
L'OURS
PUBLICATIONS
DEBATS DE L'OURS
LIVRES DIFFUSÉS
SEMINAIRE OURS
ARCHIVES BIBLIOTHEQUE
TEXTES, IMAGES, DOCUMENTS
L'OURS Signale (colloque,
LIENS UTILES
NOUS ECRIRE
 
Nous joindre
L'OURS 12 Cité Malesherbes 75009 Paris
Tél. 01 45 55 08 60
Pour être informé de nos activités (réunions, parutions, séminaires…), laissez nous un message électronique :
e-mail : info@lours.org
 
L'OFFICE UNIVERSITAIRE DE RECHERCHE SOCIALISTE
 
Dupont/Rosanvallon 383
L�APPROPRIATION DE LA DEMOCRATIE

par Claude Dupnt, L�OURS n�383 d�cembre 2008

A propos du livre de Pierre Rosanvallon , La l�gitimit� d�mocratique Impartialit�, r�flexion, proximit� , Le Seuil 2008 368 p 21 e

Pierre Rosanvallon revient sur un th�me qu�il avait d�j� abord�, notamment dans La contre-d�mocratie parue en 2006, celui de la l�gitimit� du pouvoir dans une d�mocratie.

Rosanvallon part de cette interrogation : les �lections valident le mode de d�signation des gouvernants. Mais qu�en est-il de la l�gitimation des politiques qui viennent apr�s l��lection ? La soci�t� a connu une �volution profonde et le peuple n�est plus cette masse homog�ne �voqu�e par Michelet ou Hugo. La fragmentation a jou� � tous les niveaux de l�activit� �conomique et sociale et le peuple est d�sormais moins un ensemble compact qu�un � pluriel de minorit�s �.

D�mocratie, conflit, consensus
En fait on constate une tension accrue entre deux principes : la reconnaissance dans une d�mocratie de la l�gitimit� du conflit et, d�autre part, l�aspiration au consensus. Tension �galement entre le d�veloppement du sens de l�int�r�t g�n�ral et la demande accrue d�individualisation, de prise en compte de la particularit� des individus.

Pierre Rosanvallon nous trace un historique bien int�ressant de l��lection en Occident. Bien avant la R�volution, la notion de repr�sentation pr�supposait un processus d�identification. L��lection des �v�ques �tait davantage la manifestation de la parfaite entente � l�int�rieur de la communaut� qu�un mode de choix entre plusieurs candidats, et c�est au XIIIe si�cle que l��glise finit par reconna�tre la validit� formelle du principe majoritaire. Ni chez Locke ni chez Rousseau, on ne voit percer l�id�e d�une confrontation entre une majorit� et une minorit� et les r�volutionnaires continuent � r�ver d�un id�al d�unanimit� avec le recours � une fiction : la majorit� une fois d�gag�e devient l��quivalent symbolique de l�unanimit� populaire. Notons d�ailleurs qu�� l��poque, on ne parle pas de � majorit� � mais de � pluralit� des suffrages �. Les r�publicains seront longtemps hostiles au principe d�associations m�me syndicales, qui leur rappellent les corps d�Ancien r�gime et se pr�sentent comme des obstacles � l�expression de cette volont� g�n�rale o� venait se fondre la multiplicit� des individus. L�Adresse de la Commune � la nation �tait claire : � Nous n�avons qu�un seul d�sir : nous perdre dans le grand Tout. �

� mesure que s�effritait la fiction de l�unanimit�, qu�on se rendait compte que les droits politiques ne donnaient pas n�cessairement du pain au peuple, le pouvoir se d�mystifiait, et les gouvernants furent per�us non comme une autorit� surplombant la soci�t�, mais comme des g�rants, repr�sentant des groupes d�int�r�ts porteurs naturels de partialit� et dont la long�vit� politique �tait pr�caire. D�o� l�exigence d�organes incarnant l�int�r�t g�n�ral, dans la permanence et le refus des compromissions. Il est amusant de penser que c�est dans la tr�s lib�rale Am�rique qu�est n�e l�id�e d�une administration neutre au-dessus des partis et capable d�en combattre les exc�s et les turpitudes. C�est en France que fleurira le mieux cette notion de service public, anim�e par ces � Jacobins d�excellence � dont le fameux statut qui marquait la reconnaissance de cette � vocation � de ce � sacerdoce � qui refl�tait toute une mystique d�mocratique.

Mais � partir des ann�es 1980, le pouvoir d�une administration identifi�e � la g�n�ralit� d�mocratique s�est estomp�. Il y eut le contrecoup de la reprise en main par le gaullisme et puis l��volution de la soci�t� remettait en cause la notion de g�n�ralit� globale o� l�administration se mouvait sur un terrain plus favorable que dans un contexte de d�centralisation, de fragmentation dans le monde du travail et d�individualisation des comportements.
D�s lors, les citoyens recherchent des autorit�s, des organismes, qui assureraient le contr�le des gouvernements. C�est que le temps de l��lection et celui de l�exercice du pouvoir ne co�ncident pas. C�est donc du triple c�t� de l�impartialit�, de la r�flexivit�, et de la proximit� que l�on va se tourner, pour d�velopper des commissions comme la CNIL ou la Haute autorit� de l�audiovisuel. C�est dans les domaines o� se fait sentir le plus grand besoin de lien social que la demande est la plus forte comme en Allemagne o� l�ind�pendance des autorit�s financi�res vis-�-vis du pouvoir refl�te l�aspect central du probl�me de la stabilit� des prix, �l�ment constitutif du contrat social et qui doit �tre � l�abri des variations des majorit�s �lectorales. Et nul n�imaginerait une d�mocratie sans une cour constitutionnelle, garante supr�me du respect de la loi.

Rosanvallon per�oit les difficult�s rencontr�es avec la multiplication de tels organismes. � chaque fois, c�est la cr�dibilit� des gouvernants, d�poss�d�s d�une partie de leurs comp�tences qui est atteinte, comme le soulignait Jean-Louis Debr� en 2006 : � Le d�veloppement de ce qu�on appelle pudiquement les autorit�s administratives ind�pendantes participe au d�clin de l�autorit� des Assembl�es. � Certes, il convient de ne pas substituer au gouvernement des �lus un gouvernement des experts et l�auteur a raison de souhaiter que les jugements de ces commissions rel�vent plus de l�auctoritas romaine que de la potestas, c�est-�-dire soient des avis fort incitatifs mais d�pourvus du sceau de la d�cision elle-m�me. Et puis, qui va garantir le garant ? Ne s�engage-t-on pas dans un processus de poup�es gigogne o� la cr�ation de chaque commission en entra�nerait une autre ?

En tout cas, la r�flexion de Pierre Rosanvallon est d�une grande densit�. � la d�mocratie d�identification, il pr�f�rerait substituer une � d�mocratie d�appropriation � qui donnerait � une forme d�mocratique � une distance reconnue (entre gouvernants et gouvern�s) dans sa n�cessit� fonctionnelle. �

Le tempo de la d�mocratie
Certes. Mais � trop vouloir contr�le et surveillance, ne risque-t-on pas de provoquer une certaine paralysie dans la prise de d�cision ? L�acte politique a besoin de transparence. Il a aussi besoin d��nergie et de volont�. Il n�est pas toujours s�r qu�une bonne prise de d�cision soit imm�diatement reconnue acceptable ou populaire. Elle peut appara�tre judicieuse dans l��paisseur et la coh�rence d�une d�marche globale. Il n�est certes pas facile de � mettre un terme � la succession de courtes phases d�esp�rance et de longues p�riodes de d�sillusion � qui scande la vie �lectorale d�une d�mocratie. La r�ponse est peut-�tre autant dans la d�marche, le comportement et la � vertu � des gouvernants que dans le d�ploiement d�une nouvelle panoplie institutionnelle.
Claude Dupont
 

 
© L'OURS - 12 cit� Malesherbes 75009 Paris