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Robert Verdier, La vie clandestine du PS (1944)


Robert Verdier,
La vie clandestine du parti socialiste, 1940-1944
Éditions de la Liberté, Documents socialistes n°3, 1944, 86 p

Publiée dans le dernier trimestre 1944, cette brochure de Robert Verdier est l’un des rares textes édités par les socialistes à la Libération sur leur activité dans la Résistance. On peut seulement signaler au même moment celle de Pierre Dupradon, Le Parti socialiste dans la Résistance, édité par Fraternité, hebdomadaire du Parti socialiste à Alger.
Alors que la guerre se poursuit, Robert Verdier �claire l�action de ses camarades de la lutte clandestine et leur rend hommage, notamment � L�on Blum, dont la d�fense � Riom provoqua un choc dans l�opinion socialiste, Henri Ribi�re, Daniel Mayer� et tant d�autres. Mais, par prudence, il ne cite pas les noms des socialistes d�port�s en Allemagne, Suzanne Buisson, Am�d�e Dunois, Jean Lebas par exemple, pour ne pas attirer l�attention de leurs ge�liers sur eux et sur leurs familles. Pr�caution finalement vaine pour ces trois camarades qui ne reviendront pas.

Dans ce texte, Robert Verdier, secr�taire g�n�ral adjoint du PS clandestin, et r�sistant de la premi�re heure, gomme certaines asp�rit�s du combat r�sistant des socialistes, notamment dans les relations entre le Groupe Jean Jaur�s � Londres et le Comit� d'action socialiste (CAS)1. Mais il expose � chaud le sens du combat des socialistes, leurs relations avec l�ensemble de la r�sistance, et avec le � symbole �, De Gaulle.

Selon la conception � p�dagogique � � r�f�rences pr�cises et documents irr�futables � de la propagande socialiste, les deux tiers de la brochure sont constitu�s de textes int�graux ou extraits des prises de positions des socialistes diffus�s dans
Le Populaire clandestin (zone nord et zone sud) durant la guerre. En 1945, la SFIO r��ditera dans un coffret souvenir, des fac-simil�s des Populaire clandestins, et des tracts. Nous reviendrons sur ces textes, et sur le r�le du Populaire.

NB : nous avons corrig� quelques coquilles dans les pr�noms des acteurs cit�s, et pr�cis�s entre [ crochets] les noms de certains r�sistants non cit�s.
F. C.

(1) Pierre Guidoni, Robert Verdier (dir.), Les socialistes en R�sistance, Seli Arslan, 1999.


Les membres des sections du parti socialiste, apr�s quatre ann�es de guerre et d�oppression, ont repris l�habitude de se r�unir librement, Les d�l�gu�s des f�d�rations d�partementales peuvent maintenant se rassembler ouvertement en congr�s.

Le journal socialiste, notre vieux Populaire, qui n�a jamais cesse de para�tre est publi� au grand jour. D�s le 20 ao�t en pleine insurrection parisienne, alors que les automitrailleuses et les tanks des SS, patrouillaient sur les places et les grands boulevards, alors que nos camarades de la place Maubert, des Xe, XVIIIe, XXe arrondissements livraient de farouches combats pour d�fendre les b�timents publics, d�o� ils avaient chass�, avec les autres groupes de r�sistance, les fonctionnaires de Vichy, la r�daction du Populaire s�installait par la force dans l�immeuble du Matin et pr�parait pour le 21, le premier num�ro l�gal, qui exaltait l�h�ro�sme du peuple de Paris.

Ce parti socialiste, dont la disparition d�finitive avait �t� proclam�e l�g�rement par les ennemis de la justice et de la libert�, sort grandi de l��preuve qu�il a subie avec toute la nation fran�aise. Il est plus puissant et plus uni qu�il ne l�a jamais �t�. C�est qu�il a trouv� dans ses rangs des milliers de militants d�vou�s et h�ro�ques. C�est au sacrifice de ces hommes que les socialistes fran�ais doivent la possibilit� de se r�unir aujourd�hui librement et de reprendre, dans la l�galit� et la libert�, un combat que les meilleurs d�entre eux n�ont jamais d�sert�.

Un acte de pi�t� s�impose � nous. Saluons tous nos martyrs � ceux qui apr�s avoir subi d�affreuses tortures sont encore �loign�s de nos rangs et attendent dans les camps de prisonniers ou les bagnes de la Gestapo, de recouvrer la libert� et de se m�ler � nous ; ceux que nous ne reverrons jamais et qui sont morts h�ro�quement face au peloton d�ex�cution.

Nos victimes h�las ! sont trop nombreuses pour que nous puissions les �num�rer toutes. Signalons seulement, pour montrer la part que les socialistes ont prise au combat, et � quel point nos cadres ont �t� d�cim�s par la r�pression ; que dans telle f�d�ration de l�Ouest de la France, quatre membres du bureau f�d�ral ont �t� fusill�s ou sont morts � la suite des mauvais traitements ; que, dans telle autre, sur quinze membres de la commission ex�cutive f�d�rale, sept sont actuellement d�port�s ; que dans une troisi�me enfin, neuf de nos camarades, surpris dans une op�ration de parachutage, ont �t� ex�cut�s.

Puissent ces douloureux souvenirs demeurer �ternellement grav�s au c�ur des militants pour leur dicter leur devoir et leur rappeler la grandeur de la t�che qu�il reste � accomplir

JUILLET 1940
Si l�on veut rendre vraiment justice aux hommes qui ont construit le parti socialiste et l�ont conduit � la bataille, il faut se rappeler la situation de l��t� 1940.

Ceux qui ne connaissaient pas la vie profonde de notre organisation et la foi robuste de ses militants, pouvaient avoir l�impression que le parti socialiste s��tait effondr� et se trouvait frapp� d�une paralysie compl�te et d�finitive.

Brusquement, nous qui �tions habitu�s � l�action l�gale et aux formes de la vie d�mocratie, nous �tions oblig�s de passer �1�action clandestine, pour laquelle nous n��tions nullement pr�par�s. Il y avait plus grave encore ; toute l�armature du parti paraissait avoir �t� bris�e d�un seul coup. Les militants socialistes pensaient que, m�me r�duits � l�impuissance, les d�put�s et les s�nateurs de leur parti, r�unis � l�Assembl�e nationale de Vichy, le 11 juillet 1940, accompliraient un geste pour sauver l�honneur et signifieraient avec �clat, qu�ils se refusaient � accepter la capitulation de la France et la destruction de la R�publique. Bien au contraire, la plus grande partie du groupe socialiste se d�shonorait avec pr�sente tout le Parlement �lu en 1936 en accordant les pleins pouvoirs au mar�chal P�tain.

Le secr�tariat g�n�ral du parti ne donnait m�me pas signe de vie. Il disparaissait sans bruit, sans grandeur jusqu�au jour o� on devait apprendre que Paul Faure acceptait d��tre nomm� conseiller national par le gouvernement de la trahison.

Pire encore ! D�s le mois d�ao�t 1940, on voyait para�tre en zone sud un journal qui pr�tendant prendre la suite du Populaire, avec son ancien administrateur, avec les signatures de Paul Rives, Spinasse, Roucayrol, Peschadour, etc. ; il faisait l�apologie de P�tain, instruisait le proc�s de la d�mocratie, d�non�ait le � bellicisme � de L�on Blum, confondait le pacifisme avec la servitude, et l�entente franco-allemande avec la � collaboration �.

Telle �tait la situation du parti socialiste au cours de l��t� 1940. Elle pouvait para�tre tout � fait d�courageante.

Cependant nos militants socialistes se sont rappel� que sur les quatre-vingts protestataires de Vichy, trente-six, soit 45 % �taient socialistes. Ils savaient surtout que L�on Blum qui avait pendant vingt ans exerc� sur le parti la plus grande autorit� morale, dont ils avaient si souvent admir� la clairvoyance et le courage civique, qui, aux yeux du monde entier, incarnait le socialisme fran�ais contemporain, �tait rest� fid�le � son parti, � son id�al, � lui-m�me.

Apr�s avoir �t� l��me du petit groupe des irr�ductibles, il demeurait en France, aimant mieux affronter les dangers qu�abandonner le combat et renoncer � d�fendre la R�publique et le socialisme, accus�s d��tre les responsables de la d�faite.

Voil� quels exemples de fid�lit� et de courage ont pu exalter les militants et les aider � surmonter tous les d�couragements.

Ils ont repris la lutte. Qui a commenc� ? O� et quand ? Il serait bien difficile de le dire, car on a pu constater par la suite qu�en de nombreux endroits les sections socialistes, d�barrass�es des tra�tres et des timor�s, s��taient spontan�ment regroup�es avant d�avoir re�u un mot d�ordre. Un nom pourtant parmi les pionniers de la reconstruction doit �tre cit� : celui d�Henri Ribi�re, compagnon de lutte de Marx Dormoy, il est assur�ment le premier � avoir entrepris ces p�nibles voyages dont beaucoup d�entre nous devaient par la suite prendre l�habitude. D�s la fin du mois de juillet 1940, il parcourt la zone sud, sautant d�un train dans l�autre, couchant dans les wagons ou dans les salles d�attente pour �viter de laisser les traces de son passage. Au prix de mille ruses, il franchit souvent la ligne de d�marcation. Gr�ce � sa m�moire prodigieuse, � laquelle nous avons eu si souvent recours, il retrouve un peu partout des socialistes. On peut affirmer sans crainte de se tromper, que les premiers contacts r�guliers entre les socialistes ont �t� �tablis gr�ce � Henri Ribi�re.

LA ZONE SUD
L�existence de la ligne de d�marcation a contraint les socialistes des deux zones, malgr� leurs liaisons fr�quentes � s�organiser dans une large autonomie jusqu�en juin 1943. Nous devons �tudier s�par�ment l�histoire de la reconstruction du parti dans la zone nord et dans la zone sud.

Gr�ce aux premiers contacts �tablis d�s juillet et ao�t 1940 dans toute la zone sud, plusieurs r�unions d�organisation ont pu avoir lieu d�s le d�but de1941. La premi�re a eu lieu � N�mes, au mois de mars. Les camarades qui s�y �taient rencontr�s se sont de nouveau retrouv�s en mai � Lyon, puis � Toulouse le 21 juin. C�est cette derni�re r�union qui constitue l��tape la plus importante dans ce premier travail de regroupement socialiste en zone sud.

En effet, c�est l� que fut d�cid�e la r�partition du travail par la division de la zone sud en un certain nombre de r�gions groupant plusieurs d�partements et dirig�es chacune par un responsable. C�est �galement l� que fut cr�� le comit� directeur avec son bureau de quatre membres dont le secr�taire fut Daniel Mayer et la tr�sori�re, une camarade aujourd�hui d�port�e [Suzanne Buisson]. Un d�l�gu� permanent charg� tout sp�cialement des liaisons entre les r�gions fut �galement d�sign�, c��tait Edouard Froment.

D�s lors, il fut possible d�organiser r�guli�rement des r�unions, sortes de petits congr�s qui rassembl�rent d�abord, � l��chelon de la r�gion, tous les secr�taires d�partementaux, puis, par la suite, les responsables de chaque secteur du d�partement. Le regroupement des forces socialistes s�en trouva consid�rablement acc�l�r�. En outre, il fut possible, par cette m�thode, de maintenir constamment le contact entre le comit� directeur et le plus grand nombre possible de camarades.

Il va de soi que l�activit� des socialistes de la zone sud ne s�est pas limit�e � la reconstruction de leur parti. Ils ont fait un travail de propagande active pour �clairer l�opinion, la redresser et d�noncer la trahison du gouvernement de P�tain qui avait r�ussi � abuser un trop grand nombre d�esprits. Sans doute cette action pouvait, para�tre plus ais�e en zone sud qu�en zone nord. La police de Vichy �tait alors moins redoutable que la police allemande. Il faut bien avouer par contre que nos camarades et tous les r�sistants se heurtaient � une plus grande apathie. La pr�sence de l�occupant ne stimulait pas, comme en zone nord, les sentiments patriotiques. Il fallait d�noncer la complicit� de Vichy qui n��tait pas encore �clatante ; il fallait mettre en lumi�re les liens qui unissaient la politique de r�action � la politique de trahison.

C�est ce qu�ont fait nos camarades. Ils ont d�abord publi� des tracts pour d�noncer � chaque occasion les fautes criminelles du gouvernement de P�tain. Ils se sont efforc�s de ranimer l�ardeur des masses populaires, notamment en les invitant � c�l�brer les grandes f�tes nationales. � l�occasion du 14 juillet 1941, ils ont coll� sur les murs des grandes villes des papillons dont le texte simple avait alors toute sa valeur parce qu�il redonnait sa signification � cette date et rappelait au peuple fran�ais la tradition r�volutionnaire, avec laquelle Vichy voulait rompre � 1a faveur de la d�faite :
14 Juillet 1941
Libert�, Egalit�, Fraternit�
Vive la R�publique.

L�ann�e suivante la f�te nationales fut c�l�br�e dans toute la zone sud par de grands rassemblements. � Marseille, � Toulouse, � Clermont-Ferrand, nos camarades en ont �t� les promoteurs et les animateurs.

Ces formes de r�sistance peuvent aujourd�hui para�tre bien timides. Elles �taient alors n�cessaires pour op�rer un redressement des esprits encore abattus par la d�faite. Les socialistes ont montr� par l� qu�ils n�avaient jamais d�sarm� et que leur lutte pour la Patrie et pour la R�publique s�est poursuivie sans interruption en rev�tant les aspects les plus divers selon les temps et les lieux.

Le proc�s de Riom fut une �clatante manifestation de la pens�e socialiste gr�ce aux interventions de L�on Blum et d�Andr� Le Troquer qui, s�adressant moins aux juges choisis par Vichy qu�� la France et au monde, ont grandement particip� au r�veil de l�opinion publique. Apr�s dix-huit mois d�oppression et de silence, les Fran�ais ont entendu r�sonner, malgr� les pr�cautions prises pour �touffer leurs voix, la parole d�hommes libres qu�aucune contrainte n�emp�chait de dire la v�rit�. Dans sa premi�re d�claration, le 19 f�vrier 1942, L�on Blum d�non�ait les intentions du gouvernement du mar�chal P�tain et montrait le sens v�ritable du proc�s.

Un d�bat sur les responsabilit�s de la d�faite, d�o� toutes les responsabilit�s militaires ont �t� exclues de parti pris devient par la force des choses, en m�me temps qu�un attentat volontaire � la v�rit�, une prise � partie du r�gime r�publicain� Croyez-vous qu�il r�ponde � l�int�r�t du pays, � la volont� du pays qui appelle la v�rit� et qui n�a pas reni� la R�publique ?� Proc�s de la R�publique, qui est pourtant encore l��tablissement l�gal du pays ; � proc�s du r�gime, des m�urs, des m�thodes d�mocratiques ; � proc�s de la politique de justice et de conciliation sociales qu�avait pratiqu�es le gouvernement que je pr�sidais. Et alors, il nous incombera de prouver � la France qu�elle n�est pas le peuple d�g�n�r� qui, pour avoir cru � la libert� et au progr�s, devrait expier son id�al et se courber sous le ch�timent. Si la R�publique reste l�accus�e, nous resterons � notre poste de combat comme ses t�moins et comme ses d�fenseurs.

Inculp� d�avoir trahi les devoirs de sa charge, L�on Blum retournait victorieusement l�accusation contre les accusateurs :

Le dossier �tablit que pr�cis�ment, � partir de juin 36, nous avons fait ce qu�on n�avait pas fait avant nous. Le gouvernement que je pr�sidais a mis en train un programme d�ensemble, sans commune mesure avec tous ceux qui avaient pu le pr�c�der ; que ce programme qui n��tait pas sur le papier, a �t� ex�cut�, que jamais les cr�dits ne lui ont manqu�, qu�au moment de l�entr�e en guerre, il �tait en avance sur les d�lais pr�vus d�ex�cution. S�il n��tait pas achev� � cette �poque, s�il n�avait pas �t� entrepris sur un plan industriel plus m�thodique, c�est qu�il l�avait �t� trop tard et ce d�marrage tardif est pr�cis�ment ce qui engage les responsabilit�s ant�rieures � 1936� On a cherch� � faire rejaillir sur le Front populaire, sur la politique ouvri�re et sociale qu�il a pratiqu�e et, � travers lui, sur les institutions d�mocratiques, la responsabilit� de la d�faite.

Au cours des audiences des 10 et 11 mars, il montrait comment, dans la politique de 1936, tout s��tait harmonieusement et �troitement li� : d�fense des libert�s publiques, progr�s
social, reprise de l�activit� �conomique, d�fense de la Patrie contre les imp�rialismes fascistes.
En donnant des pr�cisions, en rappelant des
faits incontestables, il apportait la preuve que
toute l�action du parti socialiste avait eu pour
but de sceller l�union du peuple fran�ais pour
faire front aux agressions que l�Allemagne et
l�Italie m�ditaient depuis longtemps. Les lois
sociales de 1936, que le r�gime de Vichy s�est
acharn� � d�truire, devaient combler le foss�
qu�une politique conservatrice et particuli�rement les mesures d�flationnistes de Laval avaient creus� entre la Nation et la classe
ouvri�re :

Karl Marx a dit que le prol�taire n�a pas
de patrie, en quoi il �tait d�accord avec toutes les l�gislations antiques, car en Gr�ce et � Rome, le prol�taire qui n�avait pas de bien � d�fendre, n��tait pas soldat. Mais Jaur�s a dit que, si le prol�taire n�avait pas de patrie, le progr�s r�publicain, peu � peu, lui en a fait une, cr��e pour lui peu � peu, une co-propri�t� de la patrie. Cet accord unanime qu�on a trouv� en France au moment de la mobilisation �tait un peu la cons�quence de tout cela et, par cons�quent, �tait un peu notre �uvre. �

L�on Blum rappelait surtout ses vaines tentatives pour constituer au lendemain de l�annexion de l�Autriche par l�Allemagne hitl�rienne, ce qu�on appelle aujourd�hui un gouvernement d�unanimit� fran�aise :

A la tribune, j�ai r�p�t� � l�opposition : les circonstances exigeraient en ce moment l�union de tous les Fran�ais, je l�ai offerte, je l�offre encore. Dites un mot, faites un geste et je descends de cette tribune pour aller porter ma d�mission au Pr�sident de la R�publique et lui d�signer l�homme qui pourrait le mieux r�ussir dans l�entreprise que j�ai tent�es vainement. Les m�mes hommes qui avaient provoqu� le revirement de la salle Colbert m�ont r�pondu par un refus. �

De son c�t�, Andr� Le Troquer, avec une ironie mordante, d�non�ait les efforts de Vichy pour �touffer les droits de la d�fense. Gr�ce � lui, des journalistes �trangers pr�sents au proc�s, avaient connaissance des consignes � la fois ridicules et scandaleuses donn�es � la presse par la censure.

On sait comment le proc�s tourna � la confusion de ses organisateurs et fut brusquement interrompu. Pour le pays et pour le monde entier, le verdict �tait rendu : la trahison des hommes qui, � la faveur de la d�faite, s��taient ru�s au pouvoir ne faisait plus de doute.

Par les publications clandestines du parti, un nombre immense de Fran�ais a pu savoir ce qui avait �t� r�ellement dit au proc�s. L�opinion publique, encore stup�faite, commen�a � se r�veiller. La � r�sistance � encore fragmentaire, entreprise seulement par les citoyens les plus courageux qui n�avaient jamais d�sesp�r�, trouva des concours de plus en plus nombreux. On commen�a aussi � comprendre, et cela c�est en grande partie � L�on Blum qu�on le doit, qu�on ne pouvait s�parer la politique de r�action � l�int�rieur de la politique de capitulation devant l�envahisseur. La r�sistance avait d�sormais une politique.

Encourag�s par cette �volution des esprits et par leurs premiers succ�s, nos camarades organis�rent la publication r�guli�re du Populaire clandestin. Le parti socialiste a le devoir de rendre hommage � ceux qui l�ont r�dig�, compos�, imprim�, diffus�, en particulier � notre camarade Orsoni, secr�taire du syndicat des typographes, fusill� par les Allemands. Il doit aussi exprimer sa reconnaissance � tous les agents de liaison qui, r�guli�rement, pendant des mois et des mois sont venus � Lyon pour prendre ces lourdes valises charg�es de journaux qu�ils emportaient dans tous les coins de la zone sud

Parmi les num�ros parus � cette �poque, il convient de signaler particuli�rement celui du 15 juin 1942 qui contenait un important manifeste pr�cisant les caract�res et le programme de la nouvelle organisation socialiste. Et tout d�abord une d�claration formelle sur l��puration et le rajeunissement des cadres : � Le parti socialiste a rompu d�lib�r�ment et d�finitivement avec ceux de ses membres dont le courage moral ou physique �tait inf�rieur � l�Instinct de conservation imm�diate. Il a rompu d�lib�r�ment et d�finitivement avec ceux de ses �lus qui n�ont pas su manifester leur attachement � la R�publique en s��levant contre les tentatives de c�sarisme et qui ont pr�f�r� pactiser avec la force provisoirement triomphante plut�t que de poursuivre la lutte �. Mais les hommes nouveaux qui venaient d�accepter les lourdes responsabilit�s de rassembler les militants socialistes affirment solennellement qu�ils ne pr�tendaient pas former un parti nouveau, rompant avec la tradition et la doctrine dont les �v�nements confirmaient la valeur et que quelques d�faillances individuelles ne pouvaient compromettre : � Instruit par l�exp�rience, ayant tir� des �v�nements les le�ons qui s�en d�gageaient, d�sireux de ne plus renouveler ses erreurs et ses fautes, le comit� d�action socialiste n�en est que plus � l�aise pour affirmer la p�rennit� de la doctrine socialiste. Adversaire r�solu du r�gime capitaliste, r�solu � supprimer l�odieux scandale du profit personnel, d�sireux d�une r�partition �quitable entre tous les hommes des immenses richesses du globe, le comit� d�action socialiste � parti des travailleurs, ouvriers et paysans � affirme solennellement que seule l�application de sa doctrine peut sauver le monde du d�sordre et de la mort �.

Enfin, le manifeste donnait les consignes pour la lutte imm�diate, appelait les militants � entrer dans la bataille de la r�sistance dans la bataille de la r�sistance :

� En France, toute activit� pour le socialisme est subordonn�e � la lib�ration du territoire, et s�il convient d�appeler les hommes � une action ult�rieure, pour la cr�ation d�un r�gime nouveau, il convient d�ores et d�j� de les convier � la lutte pour l�ind�pendance nationale. Le comit� d�action socialiste pense que, pour cette t�che de lib�ration, toutes les bonnes volont�s, tous les concours quels qu�ils soient, sont souhaitables, n�cessaires et doivent �tre utilis�s. Il est pr�t � poursuivre ses contacts avec tous les mouvements de r�sistance, en particulier avec ce que l�on appelle commun�ment � le gaullisme �. Pour nous, le g�n�ral de Gaule est le symbole naturel et n�cessaire de la r�sistance et de la lib�ration.

Voil� en quels termes, d�nu�s d��quivoque, Le Populaire sonnait le rassemblement des forces socialistes et r�publicaines en juin 1942.

� c�t� de l�organe central du parti, il y a eu aussi tout un r�seau de journaux r�gionaux parmi lesquels il faut citer : L�Espoir, publi� � Marseille et diffus� � travers les d�partements de la r�gion proven�ale ; Le Populaire du Bas-Languedoc, de Montpellier ; Le Populaire du Midi, � Toulouse ; Le Populaire du Centre, � Limoges� et celui de Clermont-Ferrand !

Ainsi les mots d�ordre du parti ont pu �tre largement r�pandus. Par toutes ces publications r�gionales, les socialistes ont exerc� une grande influence sur l�opinion et ont contribu� � amener de nombreux citoyens � la r�sistance.

Si l�on voulait donner une image fid�le de l�activit� des socialistes dans la zone sud, durant cette p�riode, il faudrait rappeler aussi tout ce que nos camarades ont fait dans la r�sistance pour l�action contre l�ennemi et l�aide effective aux arm�es alli�es et � l�arm�e fran�aise group�e autour du g�n�ral de Gaulle. Les uns ont organis� de vastes r�seaux de renseignements militaires qui couvraient tous les d�partements, gr�ce au concours que leur apportaient tous les militants. Les autres, cheminots, postiers, ouvriers, fonctionnaires tout en agissant sur l�opinion publique par la propagande du parti ont, d�s ce moment-l�, particip� aux premiers travaux de sabotage qui devaient par la suite se d�velopper avec une telle ampleur qu�ils ont consid�rablement paralys� l�ennemi dans les combats d�cisifs.

Nous laissons volontairement de c�t� tout cet aspect de notre action. L�histoire en sera faite un jour ; aujourd�hui, il s�agit simplement de raconter la reconstruction du parti et le regroupement de ses forces.

Il faut dire, toutefois que c�est � la suite d�une d�cision formelle, prise �galement en zone nord, que le parti socialiste n�a pas voulu cr�er ses propres groupes de combat et d�action militaire. D�j� des mouvements de r�sistance �taient n�s ; il fallait donc �viter la dispersion des forces. Il a paru plus conforme aux n�cessit�s de l�action clandestine d�engager les militants socialistes � s�parer l�action politique de la lutte militaire et � entrer dans ces organisations qui, ayant pour objet principal la lutte contre l�envahisseur, pouvaient rassembler un tr�s grand nombre de Fran�ais, malgr� la diversit� de leurs opinions. Cette attitude du parti socialiste proc�de de la volont� de faciliter l�unit� de la r�sistance et de coordonner toutes les forces qui se levaient pour d�fendre la Patrie.

EN ZONE NORD
On pouvait penser qu�en zone nord, la reconstruction et l�action du parti socialiste se heurteraient � de grandes difficult�s. Il n�en a rien �t�. Sans doute la Gestapo a exerc� d�s le d�but une �troite surveillance. Mais la pr�sence des arm�es d�occupation, l�outrage ressenti quotidiennement, ont suscit�, d�s les premiers mois une grande volont� de lutte chez tous les Fran�ais. Il a �t� plus facile qu�en zone sud de remuer d�s le d�but, les masses populaires et de faire une propagande active et efficace.

Ici encore, beaucoup de sections d�barrass�es de leurs tra�tres et de tous les �l�ments douteux se sont regroup�es spontan�ment. Il faut citer en particulier l�activit� manifest�e d�s les premiers mois, on pourrait m�me dire d�s les premiers jours de l�occupation, par un petit noyau de la 5� section de Paris. Gr�ce � eux, et surtout gr�ce � un fid�le militant [Am�d�e Dunois], qui, malgr� son �ge, a conserv� une extraordinaire ardeur combative et une grande jeunesse d�esprit, mais que nous ne pouvons pas encore nommer parce qu�il est actuellement d�port� en Allemagne, un certain nombre de camarades se sont efforc�s de coordonner l�action des groupes �pars qui partout manifestaient la vitalit� du socialisme. Ils ont cr�� ainsi l�embryon de ce qui est devenu, en janvier 1941, le comit� d�action socialiste (CAS) de la zone nord.

Son premier travail a �t� de reconstituer la f�d�ration de la Seine � qui incombait tout naturellement par sa situation la t�che de supporter le poids de l�organisation pratique. Un r�seau de liaison a pu �tre rapidement �tabli, bien que la plupart des militants les plus connus et par l� m�me les plus menac�s aient �t� oblig�s de se cacher ou de partir en zone sud. Par ce regroupement des forces parisiennes et gr�ce aux innombrables concours qui ont �t� trouv�s d�s la premi�re heure, il a �t� possible de r�pandre d�s le premier hiver de nombreuses publications clandestines. Il convient de citer en particulier celles qui ont eu le plus grand succ�s. D�abord un tract qui appelait les Fran�ais � la d�fense de l�ind�pendance nationale et les libert�s civiques. Ensuite et surtout une brochure de notre camarade Charles Dumas, intitul�e : De la capitulation � la trahison. Avec des preuves irr�futables, avec des faits et des textes, Charles Dumas faisait �clater la pr�m�ditation du complot qui avait amen� la d�faite de la France. Son succ�s fut immense. Passant de main en main, elle est devenue rapidement introuvable.

La publication de cette brochure n�a pas �t� seulement un acte de propagande. Elle a consid�rablement facilit� le r�tablissement de nos liaisons avec la province. Un de nos camarades avait eu soin de conserver un fichier renfermant les adresses d�un grand nombre de socialistes demeurant dans les d�partements de la zone nord. C�est ainsi que nous avons pu faire parvenir cette publication. Cet envoi a �t� pour beaucoup le signal de la renaissance du parti socialiste en zone nord. Il convient de signaler en particulier ce qu�ont fait nos camarades des f�d�rations du Nord et du Pas-de-Calais. Ayant re�u un exemplaire de cette brochure, ils l�ont spontan�ment reproduite � trente-cinq mille exemplaires. On pouvait dire d�s lors que l�activit� socialiste avait repris dans ces deux d�partements o� nos forces ont toujours �t� si importantes.

Par des moyens analogues, les contacts entre le comit� de la zone nord ont �t� rapidement �tablis, notamment avec l�Aisne par Elie Bloncourt, avec toute la Bretagne par Tanguy Prigent, la Normandie par Henri Ribi�re, la Bourgogne par Jean Bouhey apr�s son retour de captivit�, la Gironde par Audeguil, l�Oise par un camarade aujourd�hui d�port�, la vall�e de la Loire par Jean Meunier et Robert Mauger. Le r�seau s�est sans cesse d�velopp�, et ceux qui avaient donn� l�impulsion premi�re ont appel� � si�ger r�guli�rement � leurs c�t�s les camarades des r�gions les plus importantes.

Le comit� de zone nord s�est organis� m�thodiquement. Son premier secr�taire est aujourd�hui d�port� [Jean Lebas]. Son tr�sorier, Raoul Evrard, qui n�a jamais cess� de lutter, est mort quelques mois avant la lib�ration. Elie Bloncourt, comme pr�sident, a dirig� jusqu�� la fin toutes les r�unions du comit�.

La zone nord fut divis�e en trois grandes r�gions. Un d�l�gu� permanent �tait charg� d�assurer dans chacun le maintien des contacts, la diffusion des publications, le d�veloppement progressif de la propagande. Comme en zone sud, ils ont organis� dans tous les d�partements des r�unions groupant les responsables de l�action locale. Ainsi, malgr� les difficult�s de liaison, malgr� les arrestations, tous les d�partements de la zone nord ont pu �tre organis�s.

Pour assurer la diffusion de tout ce que le comit� de la zone nord avait d�cid� de publier, d�innombrables concours ont �t� trouv�s. Et d�abord � Paris o�, malgr� les arrestations successives, le parti socialiste a toujours dispos� des imprimeries de plusieurs camarades ; o� des cyclistes et des camionneurs ont r�parti les journaux, les brochures et les tracts dans les divers d�p�ts. En province ensuite, o� les cheminots et les postiers, rivalisant d�habilet� et de courage, assuraient le transport et la r�ception de tous les envois.

Parmi les publications qui ont eu, avec celles que nous avons d�j� cit�es, le plus grand succ�s, rappelons un tract qui d�non�ait les assassins de Marx Dormoy et la complicit� du gouvernement de Vichy ; un autre qui, gr�ce aux renseignements fournis par des cheminots, indiquait les chiffres pr�cis des pr�l�vements mensuels op�r�s par les Allemands sur la production fran�aise ; il �tait intitul� : � Pourquoi nous mourons de faim. � Enfin et surtout, la brochure qui reproduisait l�essentiel des d�clarations de L�on Blum au proc�s de Riom.

Apr�s Socialisme et libert�, qui fut le premier journal du comit� de la zone nord, Le Populaire a reparu comme en zone sud. Son tirage n�a cess� d�augmenter de mois en mois.

Les mots d�ordre qu�il donnait aux militants, pour n��tre pas toujours formul�s dans les m�mes termes, �taient identiques � ceux que r�pandait � la m�me �poque l��dition de la zone sud. Il convient de signaler en particulier le num�ro 16 (16 janvier-1er f�vrier 1943) qui contenait le programme adopt� par le comit� nord. Une remarque s�impose : d�s le d�but de 1943, on trouve dans le journal socialiste l�essentiel de ce qui devait �tre, un an plus tard, la charte du CNR.

On lira d�autre part les textes du comit� de la zone nord qui ont affirm� la n�cessit� de l�union derri�re le g�n�ral de Gaulle et, au moment du d�barquement alli� en Afrique du Nord, proclam� la volont� des socialistes de n�admettre aucune compromission avec les hommes de Vichy.

Ainsi, passant de main en main, notre Populaire a courageusement jou� son r�le de journal libre, appelant les citoyens � l�action imm�diate, �clairant l�opinion publique sur les probl�mes politiques, dissipant les �quivoques.

Naturellement, comme en zone sud, les socialistes ont activement particip� � la lutte contre les arm�es d�occupation. Ils l�ont fait en s�inspirant des m�mes m�thodes. La plupart d�entre eux ont �t� les animateurs du mouvement � Lib�ration-Nord �, qui a �t� l�une des premi�res organisations de r�sistance en zone nord. Sabotages, organisation de maquis, service de renseignements, parachutages d�armes, secours aux r�fractaires et aux aviateurs alli�s, aucune forme d�activit� n�a �t� laiss�e de c�t� par nos militants. Nous �crirons un jour l�histoire de leur action. Citons d�s aujourd�hui l�exemple d�un de nos camarades, actuellement d�port�, qui, pendant des mois et des mois, a fourni � des milliers de r�fractaires au STO et de militants ill�gaux, les papiers qui leur �taient n�cessaires pour sauvegarder leur libert�.

LE COMITE EXECUTIF

Une date importante dans la vie clandestine du parti socialiste a �t� la coordination plus �troite de l�action des deux zones par la cr�ation du comit� ex�cutif.

Ce nouveau, progr�s fut le r�sultat du voyage de Daniel Mayer � Londres, en avril et mai 1943. Il avait �t� charg� d�aller donner des informations sur l�action du parti socialiste au g�n�ral de Gaulle et � nos camarades partis pour continuer la lutte aux c�t�s des alli�s. Ceux-ci avaient constitu�, dans la capitale anglaise, 1� � Union Jean-Jaur�s �. Apr�s avoir constat� un accord total avec eux, Daniel Mayer fit le compte rendu de ses entretiens devant les deux comit�s de la zone nord et de la zone sud, qui arr�t�rent les termes d�un manifeste publi� dans Le Populaire (n� 22, �dition zone nord, 11 juillet 1943). On en trouvera plus loin le texte int�gral. Les id�es qui avaient �t� sans cesse exprim�es depuis dix-huit mois dans tous nos journaux et dans tous nos manifestes, s�y trouvaient assembl�es pour constituer la charte de toute notre action clandestine en m�me temps qu�une d�finition claire de la politique future du socialisme fran�ais : unit� de tous les r�sistants derri�re le g�n�ral de Gaulle ; critique du paternalisme et de l��tatisme vichyssois ; n�cessit� de r�tablir la d�mocratie politique consolid�e, d�s la lib�ration du territoire national, par de profondes r�formes sociales et �conomiques ; �tablissement de la paix par la cr�ation d�un super-Etat. On constatera encore une fois, en lisant ce document, la continuit� de la pens�e et de l�action socialiste dans sa lutte pour la libert�, la justice sociale et la paix.

Le voyage de Daniel Mayer eut un autre r�sultat : il permit d�unifier et de coordonner plus �troitement les efforts des militants des deux zones par la cr�ation du comit� ex�cutif. Ainsi se trouvait d�finitivement �tablie, jusqu�� la lib�ration ou, plut�t, jusqu�au premier rassemblement l�gal des socialistes, la structure du parti clandestin. Au sommet, le comit� ex�cutif, compos� de camarades choisis par les comit�s de zones nord et sud ; ceux-ci continuaient � assurer le travail d�organisation et de propagande dans les d�partements de leur ressort et en m�me temps avaient un r�le de contr�le et de suggestion. Il �tait entendu d�s lors que les militants composant les organismes centraux d�missionneraient devant le premier congres l�gal charg� de juger la t�che accomplie dans l�action clandestine et de d�signer un nouvel organisme de direction. Ainsi, tout en prenant all�grement leurs responsabilit�s, les organismes centraux s�effor�aient, malgr� les difficult�s, de maintenir des contacts �troits avec l�ensemble des militants et manifestaient leur volont� de se conformer, d�s qu�il serait possible de le faire, aux r�gles fondamentales de la vie int�rieure du parti socialiste.

Le Populaire du 1er juillet 1943 publiait une d�claration du comit� ex�cutif qui tra�ait avec nettet� la politique du parti socialiste :

Le comit� ex�cutif du parti socialiste, �manation des comit�s directeurs de chacune des zones et responsable devant eux, en attendant de rendre compte de son action � un congr�s souverain convoqu� dans une France lib�r�e.

S�approprie tous les manifestes publi�s depuis 1940 par les comit�s des diverses zones et f�licite les militants indomptables qui, gr�ce � leur dynamisme et � leur courage, les ont diffus�s, en m�me temps qu�ils reconstruisaient, un parti r�nov�.

Le comit� ex�cutif rappelle � la fois la continuit� de la doctrine socialiste, confirm�e par les �v�nements, et la n�cessit� de faire un parti neuf et jeune.

Il rappelle la condamnation qu�il a formul�e contre les �lus qui ont, le 10 juillet 1940, � Vichy, trahi � la fois la R�publique et la France et les consid�re comme d�chus de leur fonction parlementaire. Il examinera, dans un esprit de stricte justice, le cas de ceux qui, d�s apr�s leur d�faillance, se sont rachet�s par leurs fautes. Le parti souverain tranchera d�finitivement.

Le comit� ex�cutif confirme leur mandat de le repr�senter � Londres, � F�lix Gouin et Andr� Philip, et � ce dernier l�autorisation de si�ger au Comit� national pr�sid� par de Gaulle, pour y repr�senter l�ensemble de la R�sistance, fran�aise.

Le comit� ex�cutif esp�re d�ailleurs que l�accord n�cessaire entre Alger et Londres se fera prochainement sous l��gide du g�n�ral, de Gaulle, en sauvegardant sans r�serve tous les principes r�publicains, en condamnant sans d�tour tous les hommes qui, de pr�s ou de loin ont collabor� avec Vichy ou lui ont emprunt� ses m�thodes.

Le comit� ex�cutif charge son d�l�gu� au Conseil national de la r�sistance fran�aise � dont il rappelle avec fiert� que l�institution est d�initiative socialiste � de pr�senter le projet de programme commun �labor� par lui et de l�y d�fendre avec vigueur.

Enfin il mandate ceux de ses membres qui sont en contact officiel avec les d�l�gu�s du comit� central du parti communiste pour leur exprimer sa satisfaction de la dissolution du Komintern � obstacle de moins sur la route de l�unit�, puisqu�elle permet l�int�gration de la Russie sovi�tique dans la communaut� internationale, comme l�int�gration du parti communiste fran�ais dans la communaut� nationale et de leur proposer une rencontre commune, ayant pour seul objet d�en �tudier, sur un plan fran�ais, les cons�quences pratiques.

Le comit� ex�cutif ne saurait terminer ce bref rappel de la position socialiste sans envoyer un salut �mu et affectueux � toutes les victimes de la r�pression, � tous ceux qui, otages emprisonn�s ou d�port�s, souffrent, avec fiert� et courage, � l�exemple de L�on Blum, pour que la France r�publicaine et socialiste reprenne bient�t sa place dans le monde.


C�est vers la m�me �poque (27 mai 1943) que s�est r�uni pour la premi�re fois le Conseil national de la r�sistance. On sait quel r�le immense a jou� cet organisme qui a coordonn� la lutte, contre le gouvernement de Vichy et contre les arm�es d�occupation, en m�me temps qu�il jetait les bases, en accord avec le gouvernement d�Alger, de l�organisation politique provisoire de la France lib�r�e. Le parti socialiste s�honore d�avoir r�clam�, d�s les premiers mois de l�ann�e 1943, le rassemblement de toutes les forces � gaullistes � et r�sistantes qui jusqu�alors allaient � la bataille en ordre dispers�.

De m�me, il revendique l�initiative de l��tablissement d�un programme commun. Soucieux de conserver, apr�s la lib�ration, l�unit� qui s��tait scell�e dans la lutte et de lui donner une coh�sion profonde par la mise au point des revendications fondamentales de l�immense majorit� du peuple fran�ais, le parti socialiste a soumis au CNR, en novembre 1943, un texte que nous publions aujourd�hui. Il reprenait la plupart des id�es exprim�es jusqu�alors dans toutes nos publications. On verra aujourd�hui combien la charte de la r�sistance, adopt�e en mars 1944, et maintenant connue dans toute la France, s�est inspir�e des propositions faites par le parti socialiste. Celui-ci, une fois de plus, par son souci de clart� et de loyaut�, avait efficacement travaill� pour l�unit� de la r�sistance.

Son action a �t� �galement efficace dans la constitution des comit�s d�partementaux de la lib�ration. Un grand nombre d�entre eux sont pr�sid�s par des socialistes. Partout, nos camarades sont pr�sents, hier dans l�organisation de la lutte clandestine, aujourd�hui dans l��uvre de reconstruction qui doit couronner quatre ans de combats obscurs et h�ro�ques.

Les progr�s r�alis�s dans notre organisation int�rieure ont permis d�accro�tre d�une mani�re continue le tirage et la diffusion du Populaire et de multiplier nos publications. Il nous est impossible de les citer toutes. Signalons seulement nos tracts du 1er mai, du 14 juillet, celui qui a eu un si grand succ�s : � Morale socialiste � ; enfin, notre � appel aux jeunes de la classe 44 � menac�s par le STO.

Dans la derni�re phase de la lutte, malgr� les difficult�s de liaison, le comit� ex�cutif a pu continuer � coordonner l�action de tous les socialistes. Il est demeur� � Paris, mais il a d�l�gu� en province, un certain nombre de ses membres, express�ment charg�s de les repr�senter, et avec lesquels les contacts ont �t� sans cesse maintenus. Ainsi, les socialistes se sont retrouv�s pr�ts lorsque les combats ont commenc� sur le sol fran�ais. Partout, en Normandie et en Bretagne, en Provence, � Toulouse, dans le Massif Central, � Paris, dans les Ardennes, nos camarades ont grossi les rangs des FFI. Ils y ont accompli les exploits dont le r�cit sera fait un jour.

Et toujours notre presse a t�moign� de notre souci d�exalter le moral du peuple fran�ais, de l�appeler au combat. Au lendemain du d�barquement, un num�ro sp�cial du Populaire appelait les citoyens aux armes. Le 19 ao�t au matin, lorsque se d�clenchait l�insurrection parisienne, nos camarades distribuaient dans la capitale un tract reproduisant les consignes donn�es par la radio de Londres le 17 ao�t. Le mardi 22 ao�t, le parti socialiste apposait sur les murs de Paris l�affiche � Vers la lib�ration �, pour demander au peuple de demeurer vigilant en face d�un ennemi qui ne respectait pas la tr�ve annonc�e le dimanche soir 20 ao�t.

D�s ce jour, la r�daction du Populaire s�est install�e dans l�immeuble du journal collaborationniste Le Matin. Juste retour de fortune ! Clandestin pendant quatre ans, notre organe s�imprimait d�s lors au grand jour, malgr� la pr�sence � Paris d�importantes unit�s allemandes. Jusqu�� la derni�re heure, nos militants ont manifest� leur d�vouement au socialisme et leur h�ro�sme. Plusieurs de nos vendeurs ont �t� abattus dans les rues de Paris. Certains, arr�t�s par les SS, n�ont �chapp� � la mort que gr�ce � l�entr�e dans la capitale des troupes fran�aises et alli�es le vendredi 25 ao�t.

La France a retrouv� sa libert�. La plus grande partie du territoire national est d�barrass�e de l�oppresseur. Mais la guerre continue. Cela nous dicte des devoirs. Tous les socialistes qui ont conscience d�avoir bien m�rit� de la patrie par quatre ann�es de lutte clandestine, savent quels devoirs s�imposent � eux. Ils sont pr�ts � tout faire pour h�ter la fin du conflit et des malheurs qui, par la volont� des dictateurs, d�chirent le monde entier, et pour rendre � la France la place qu�elle a m�rit�e dans le monde par tout ce qu�elle a apport� dans le pass� � la civilisation et par les sacrifices que, dans le pr�sent, elle a volontairement consentis pour la cause de l�humanit�.

Les socialistes savent aussi que si la lib�ration de leur pays et l��crasement des r�gimes fascistes est le premier et le principal but de leurs efforts, une autre lutte, d�une forme diff�rente, exigeant des vertus nouvelles, devra �tre entreprise d�s que la paix sera r�tablie... Il faudra rendre � tout jamais impossible la naissance des conflits mondiaux. Il faudra, �tablir dans tous les pays une soci�t� juste et libre. Il faudra appeler tous les citoyens du monde � partager les biens communs de la civilisation humaine.

Robert Verdier

ANNEXE
Extraits de documents : � textes des principaux manifestes publi�s par le parti socialiste clandestin
Le Populaire, organe du comit� d�action socialiste, 15 juin 1942, � Un manifeste du comit� d�action socialiste �.

Le Populaire, nouvelle s�rie, n�7, novembre 1942, proclamation publi�e apr�s l�entr�es des troupes allemande en zone sud : � Contre Vichy ! Contre Hitler. Vive l�unit� de la r�sistance fran�aise.

� Socialisme et libert�, organe du comit� d�action socialiste, 1er d�cembre 1942, � Derri�re de Gaulle �.

Le Populaire, organe du comit� d�action socialiste,16 janvier-1er f�vrier 1943, � Socialisme et libert� �, � Notre programme �, pr�sent� par Nicolas Moreau.

Le Populaire, organe du comit� d�action socialiste, 1er juillet 1943, � le parti socialiste propose un programme commun � la r�sistance fran�aise �.

Le Populaire, organe du comit� d�action socialiste, F�vrier 1943, � Une concentration des partis sera-t-elle possible ? �

Le Populaire, organe du parti socialiste, �dition zone sud, d�cembre 1943, � Les parlementaires et le parti �.

Le Populaire, organe du parti socialiste, septembre 1943, � message au pr�sident Roosevelt �.

� Juillet 1944, Le Pari socialiste membre du Conseil national de la r�sistance diffuse les derni�res instructions du Conseil national � Au peuple Fran�ais �.

� � Au peuple de Paris �, tract r�pandu le 19 ao�t 1944 dans les rues de Paris.

� � Vers la lib�ration �, texte de l�affiche appos�e par le parti socialiste sur les murs de Paris le mardi 22 ao�t 1944.
Les m�moires de Robert Verdier
 

 
© L'OURS - 12 cit� Malesherbes 75009 Paris